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Fusion nucléaire en 2026 : où en sont les projets privés ?

L.B. 4 min de lecture
Fusion nucléaire en 2026 : où en sont les projets privés ?

ITER avance, mais la route reste longue

Le grand projet public de fusion, ITER, continue de servir de repère pour toute la filière. À Saint-Paul-lès-Durance, le chantier rassemble 35 nations et vise toujours le même objectif : démontrer qu’un réacteur peut produire 500 mégawatts de fusion pour 50 mégawatts injectés, soit un gain énergétique de 10.¹

Le calendrier, lui, a glissé. La première production de plasma est désormais annoncée au plus tôt pour 2034, avec une montée en puissance des aimants attendue en 2036 et l’usage du mélange deutérium-tritium visé pour 2039. Le coût total est désormais évalué à environ 25 milliards d’euros.¹

Sur le chantier, les jalons s’enchaînent malgré les retards. En juillet 2026, le sixième des neuf modules sectoriels du tokamak avait été installé, ce qui a permis d’atteindre les deux tiers du cœur en forme de tore. Fin 2026, l’objectif reste de terminer la mise en place des neuf éléments de la chambre à vide toroïdale.¹

Vue d’un tokamak en construction dans un vaste hall industriel, modules géants et ponts roulants visibles.
Vue d’un tokamak en construction dans un vaste hall industriel, modules géants et ponts roulants visibles.

ITER n’est pas seulement un projet scientifique. Il fixe aussi une ligne de départ pour les acteurs privés, qui cherchent à réduire les délais et à simplifier l’architecture des machines. C’est là que la course devient intéressante, et un peu plus brutale. Pour suivre ces jeunes pousses industrielles, notre dossier sur la deeptech française donne un bon point de comparaison sur les cycles longs de l’innovation lourde.

Les financements privés accélèrent nettement

Les projets privés de fusion ont franchi un cap financier. Sur les douze mois précédant juillet 2026, les financements privés mondiaux ont atteint 4,48 milliards de dollars, en hausse de 69 % sur un an, pour un cumul supérieur à 14 milliards de dollars en six ans. Cette enveloppe se répartit entre 56 entreprises de fusion.²

La géographie du secteur reste très concentrée. Les États-Unis dominent avec 35 entreprises sur 66 au niveau mondial, devant l’Europe avec 15 et la Chine avec 7.²

IndicateurValeur 2026
Financements privés sur 12 mois4,48 milliards de dollars
Progression annuelle69 %
Total cumulé sur 6 ansPlus de 14 milliards de dollars
Entreprises financées56

Trois familles technologiques dominent la course

Tokamaks compacts

Les tokamaks compacts restent la voie la plus visible. Commonwealth Fusion Systems, issue du MIT, développe SPARC avec des aimants supraconducteurs à haute température en REBCO. L’entreprise vise des tests en 2026 pour démontrer un gain énergétique net, avant de passer à ARC, sa future centrale commerciale.

Le britannique Tokamak Energy avance aussi sur cette piste avec ST80-HTS, un démonstrateur sphérique prévu d’ici 2026, pensé pour nourrir ensuite le programme de centrale pilote ST-E1 au début des années 2030.

Dans le même segment, Energy Singularity a annoncé en février 2026 un plasma maintenu pendant 1 337 secondes dans son tokamak HH70, un résultat présenté comme l’égal du record français de WEST. En Chine, le projet BEST vise un gain Q d’au moins 1 avant fin 2030, avec déjà un mélange deutérium-tritium.

Stellarators

Les stellarators misent sur un confinement entièrement assuré par des bobines externes. L’atout est connu : une meilleure stabilité potentielle et un fonctionnement en régime permanent. Proxima Fusion, en Allemagne, travaille sur Alpha, un démonstrateur censé viser un gain énergétique net dans les années 2030, puis une centrale commerciale nommée Stellaris sur le site de l’ancienne centrale de Gundremmingen.

Le Japon soutient aussi cette voie, notamment via Helical Fusion, avec un objectif de démonstration de production d’électricité par fusion d’ici les années 2030. Une autre startup allemande, Gauss Fusion, projette un réacteur stellarator de 1 GW d’ici 2045.

Fusion inertielle

La fusion inertielle suit une autre logique. Ici, on compresse très rapidement une petite pastille de combustible à l’aide de lasers puissants ou d’un autre dispositif. Le National Ignition Facility a franchi un jalon technique en décembre 2022 avec une énergie de fusion supérieure à l’énergie laser délivrée à la cible, mais la balance électrique globale de l’installation reste défavorable.

La différence compte. Produire un tir gagnant en laboratoire ne suffit pas encore à bâtir une centrale. C’est précisément là que les calendriers des startups se heurtent à la physique, à l’ingénierie et à la facture industrielle. Pour une lecture plus large sur les chaînes d’investissement, notre article sur les stratégies gagnantes des startups tech françaises éclaire aussi la logique de financement des projets profonds.

Des calendriers offensifs, mais encore fragiles

Près des deux tiers des entreprises privées estiment pouvoir injecter de l’électricité sur le réseau avant le milieu des années 2030. Helion vise 2028 pour la première électricité de son réacteur Orion. Commonwealth Fusion Systems et ARC, comme le projet chinois BEST, ciblent le début des années 2030.

  • 2026 : tests attendus pour SPARC, montée en visibilité des tokamaks compacts.
  • Fin des années 2020 : Helion avance 2028 pour Orion.
  • Début des années 2030 : ARC, BEST et plusieurs démonstrateurs visent l’injection au réseau.
  • Années 2030 : les stellarators ambitionnent un gain énergétique net puis un passage à l’échelle.

Le Japon a aussi choisi d’accélérer sur le terrain industriel. Son ministère du Commerce a sélectionné quatre projets privés pour construire des machines capables de produire de l’électricité d’ici les années 2030, avec un financement d’environ 400 millions de dollars.

Le point clé, en 2026, tient en une phrase : la fusion privée a gagné en capital, en diversité technologique et en crédibilité, mais elle n’a pas encore prouvé qu’elle pouvait tenir une promesse industrielle à l’échelle du réseau.

Sources

1. ITER

2. SFEN

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